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Avril 2020
Nous venons de vivre quelque chose comme une seule humanité unifiée. Ce « quelque chose » est encore indéfinissable : la réalité des causes est floue, mais les conséquences sont concrètes : une pause majeure, inédite dans l’histoire, beaucoup d’émotions et peu de possibilité de les fuir. La pause a eu des conséquences écologiques importantes mais encore non mesurées, elle a commencé à remodeler la vie sociale, la façon dont nous nous croisons, dont nous nous saluons. Elle a mis en relief des fractures entre les êtres, des injustices tapies ou déjà visibles. Elle laisse poindre aussi des questionnements encore plus essentiels.

Tout cela ressemble au brouillon d’un nouveau projet pour l’humanité qu’il faut maintenant mettre au propre. Ce n’est pas seulement un devoir, car l’ampleur de cet épisode fait naître une nouvelle forme d’espérance. Tout le monde se dit plus ou moins : « jusque-là, tout était figé et sans espoir. Mais le temps d’après qui se profile semble nous inviter à croire à une renaissance ».

Il y a quelques évidences tangibles : on peut décider en 24 heures de laisser les avions au sol, découvrir le ciel sans leurs traînées polluantes, respirer un air plus pur, comme s’il n’y avait jamais eu d’obstacle à cela. Même chose pour les usines et ces innombrables activités qui souillent la planète sans apporter de bénéfice réel à notre terre et notre humanité. Si nous pouvons le faire, nous devons le faire. Mais il aura fallu un virus pour nous y contraindre ! Notre arrogance et notre domination qui nous maintenaient dans un fonctionnement fossilisé ont été brisées net par un microbe ! Revanche incroyable de la nature ? Un cadeau, surtout : sans un mot, sans un discours, il nous est montré qu’une vie différente est possible. Et pas dans un plan sur dix ans, comme les politiques aiment le faire habituellement. Non, instantanément. Comme ce qui devrait être pour toute décision vitale : dans l’instant.

Je laisse pour ma part aux militants spécialisés dans chaque domaine de donner de l’essor à leurs idées les plus concrètes. Du côté des âmes engagées dans l’émergence spirituelle, le temps d’après peut se présenter un peu différemment.

Il y a deux axes qui se sont révélés dans cette aventure : celui de la peur et celui de l’amour. Les deux ont quelque chose à voir avec un terme que l’on entendait souvent parmi « les mesures » prises pour se protéger de la maladie : « la distanciation ». Pour ne pas être contaminé par les autres, il fallait se tenir à distance. Or nous sommes, en tant qu’êtres humains, portés par la nostalgie de l’amour. Ce qui signifie que nous détestons la séparation, que nous aspirons à la communion mais que la peur vient s’y opposer et nous soumettre.

Le paradoxe de la situation est que la peur qui a provoqué la distance nous a en même temps rassemblés dans une même expérience unique.  L’humanité communiait dans la peur, nous nous savions consciemment tous ensemble dans la même attente. C’est une première initiation : ensemble, au-delà de nos croyances, dans un même ressenti, le regard tourné vers l’après, puisque le « pendant » n’est qu’une pause. Et qu’attendions-nous ? D’abord que les choses « redeviennent comme avant », puis nous avons eu le temps de nous dire qu’elles pourraient peut-être s’améliorer. La seconde initiation est encore plus exigeante, car pour la première, le virus a presque tout fait. Maintenant, nous sommes renvoyés à nous-mêmes : avons-nous le droit de reprendre la marche aveugle de nos vies comme avant, sachant que cela nous conduira à d’autres catastrophes, sans doute plus tragiques encore ?

Pour réussir des transitions sociales, écologiques, spirituelles, nous devons refonder dans l’amour. Les listes de projets que vous allez voir défiler sur vos écrans n’auront de chances de se concrétiser durablement que si nous mettons fin à la distanciation spirituelle. Le matérialisme, la laïcité républicaine extrémiste, l’éducation sans âme de nos enfants, la peur de l’autre, de l’étranger, le mépris envers notre planète, tout ce qui nous a mis à distance doit être revu et corrigé. Nous ne survivrons pas en tant qu’espèce avec une perception morcelée de la vie et le seul instinct de survie qui a dicté de façon pathétique les réglementations face au virus.

Mais que pouvons-nous faire de neuf pour que l’unité, au sens spirituel, puisse reprendre une place dans nos vies ? Nous devons faire exister ce qui nous est le plus cher : cultiver l’amour dans chaque relation, chaque contact même bref (comme avec un livreur, un facteur, une caissière), puiser en soi ce sentiment qui a été voilé par la peur depuis si longtemps, redonner sa place à notre âme plutôt qu’au personnage social qui a vraiment tout gâché. En voir les effets tangibles dans nos relations et, par conséquent, dans notre façon de vivre ensemble sur une même planète.

Pour que ce projet fondamental ne soit pas trop abstrait et qu’il s’incarne, nous devons travailler ensemble à préparer le temps d’après dans l’amour. Pour commencer, un colloque et des ateliers de travail sur plusieurs jours au cours de l’été qui vient permettraient de définir plus clairement les directions qui pourraient être prises officiellement afin de redonner un souffle à cette aspiration dans nos vies. Ce travail préparatoire doit être officiel, connu de tous, invitant la participation de toute l’humanité à un aspect vital de la reconstruction.

Pour interpeller nos gouvernements, nous devons faire connaître notre désir d’une réforme plus fondamentale que ce qui se prépare pour l’instant. La démarche « sur deux jambes » que je propose aura évidemment une part importante dans ce colloque qui sera intitulé « Le temps d’après, une humanité aimante sur une planète sanctuaire ».

Nous préparerons cet événement avec l’enthousiasme que l’on éprouve dans les moments qui marquent positivement l’histoire de notre planète et des espèces qui y vivent ensemble.

Thierry Vissac